vendredi 7 juin 2013

LA CRUCHE ET LE PEUPLIER



Suite à un voyage en Turquie avec mon épouse, durant l’été 2004,[1] j’ai écrit ce texte, en reprenant ce que j’avais déjà mis dans d’autres écrits et que je continue de reprendre :
Le crépuscule commençait à envelopper la prison, réveillant des souvenirs chez des détenus et emplissant des cellules d’images de toutes sortes qui n’ont aucun mal à se mouvoir dans cet espace pourtant restreint.
Des images qui permettent de voyager sans limiter les destinations.
Les détenus qui en parlent, accordent souvent une grande place à la famille, et savent donner un parfum à leurs récits de sorte que la suite soit fortement attendue.
L’attente de cette suite pour certains, donne un sens à l’écoulement du temps et rythme les journées.
Parfois, ces récits éclairent tellement le sombre de la prison, que des détenus sentent une lumière dans leur cœur.
Cette lumière leur fait sentir, au fond de la poitrine, des battements, tels ceux du cœur de la mère que l’enfant béni garde en lui.
Au quartier des mineurs[2] délinquants incarcérés, l’un des derniers arrivants était comme muet et paraissait inaccessible.
Pendant des jours, il avait gardé le silence.
Un matin, il s’était mis à rire tout seul.
Son rire ressemblait aux sanglots d’un enfant perdu.
Et tout de suite après, il a demandé à voir l’homme chargé de son suivi en détention.
Petit à petit il s’est mis alors, comme dans la réalisation d’un collier, à enfiler des mots pour continuer son ouvrage.
Son père est mort.
Suite à ce qui a été appelé un accident de travail.
Il avait effectué en France des tâches pénibles pendant de longues périodes.
Lorsque son père et sa mère se sont mariés, ils vivaient dans un village, non loin de la mer méditerranée.
Akdeniz.[3]
La mer blanche.
Un village où, lorsqu’une fille naît, on met une sorte de cruche[4] sur le toit de la maison. Quand c’est un garçon, on plante des peupliers.
À la naissance de sa mère, une cruche en terre rouge a été fixée sur un coin du toit de la demeure en pisé.
À celle de son père, quelques peupliers ont été plantés.
Pas très nombreux.
Les grands-parents ne disposaient pas de beaucoup de terrain et avaient déjà eu d’autres garçons pour lesquels il avait fallu planter des peupliers.
« Et marche aujourd’hui, marche demain, à force de marcher, on fait du chemin ».[5]
Des saisons ont succédé aux saisons.
De sa position en hauteur, la cruche semblait contempler ce qu’il y avait autour.
Les peupliers ont poussé.
Fermement enracinés dans la terre, ils tendaient vers le ciel.
Le père et la mère qui, enfants, jouaient ensemble, se connaissent mieux.
Ils se sont initiés aux échanges et à leurs symboles, ont compris la place de chacun dans la vie du village et tentent d’occuper la leur convenablement.
Tout jeune, le père s’occupait du troupeau, labourait la terre et participait à divers autres travaux des champs.
La mère trayait les brebis, les chèvres et les vaches, tissait des tapis et des couvertures, cuisinait et participait à certains travaux des champs.
Le temps continuait de se consumer.
Un soir, autour d’une table basse sur le tapis tissé par la grand-mère pour couvrir le sol en terre battue, les membres de la famille se préparaient à prendre leur repas dans le même plat. Le père, qui avait alors dix-sept ans, a mis sa cuillère dans le riz et a quitté la pièce commune sans manger.
Les membres de la famille ont esquissé un léger sourire et ont entamé le dîner.
Avec appétit.
Le lendemain, la mère, qui avait alors quinze ans, s’est mise à laver la cruche et à la décorer. Les membres de sa famille ont esquissé un léger sourire et ont humé, comme dans un recueillement, les senteurs du repas qu’ils se préparaient à partager.
Avec appétit.
Au bout de quelques jours, les parents du père se sont invités pour le café chez les parents de la mère.
La date de la rencontre a été fixée d’un commun accord.
Le jour dit, il y avait comme un air de fête.
Le père était habillé mieux qu’à l’ordinaire.
Ses parents aussi.
Une vieille tante qui vivait avec eux également.
La mère, déjà très belle, l’était encore plus dans sa nouvelle tenue d’une grande simplicité. Ses parents étaient aussi bien habillés.
Le grand-père qui vivait avec eux également.
Dans la pièce commune, les discussions allaient bon train.
La mère n’y participait pas.
Elle préparait le café mais suivait attentivement le déroulement des échanges.
Sans en avoir l’air.
Le père, lui, avait l’air maladroit et les traits de son visage trahissaient un certain manque de sérénité mêlé d’une sorte de tension.
Lorsque la mère est apparue avec ses quinze ans et un plateau chargé de tasses de café, le père, avec ses dix-sept ans, avait du mal à cacher sa fébrilité.
Quand le goût du café a caressé sa langue, sa joie intérieure a explosé comme un feu d’artifice que son visage ne pouvait pas dissimuler.
Toute sa vie, il n’a pas réussi à trouver les termes pour décrire cette joie.
Cependant, lorsqu’il en parlait, ses mots sentaient le bonheur.
La douceur du café signifiait que sa bien aimée voulait de lui comme époux.
Si elle n’avait pas voulu de lui, elle aurait salé sa tasse de café au lieu de la sucrer, d’y mettre sa douceur à elle.
La cérémonie du café était une demande en mariage.
La cuillère qu’il avait laissée dans le riz en sortant sans manger, voulait dire qu’il désirait se marier.
Le fait de laver la cruche et de la décorer, signifiait que la jeune fille était prête à quitter le célibat.
Elle avait un beau trousseau fait en grande partie par ce qu’elle avait tissé et préparé elle-même.
Les peupliers plantés à la naissance du garçon seraient coupés et vendus pour financer la fête du mariage.
Une fête pour rappeler le Sens et consolider le Lien.
Le temps continuait de se consumer.
La vie au village avait changé.
Le père se devait de partir.
Il voulait chercher du travail en Allemagne.
Comme beaucoup d’habitants de son pays.
Mais c’est en France qu’il s’est installé.
Il a fait venir son épouse quelques années plus tard lorsque l’Etat en France l’a autorisé à le faire.
Le mineur délinquant incarcéré est l’un de leurs enfants.
Le petit dernier.
Né en France.
La mère s’est toujours souvenue de son arrivée dans ce pays.
Avec son époux.
Elle n’avait pratiquement jamais quitté son village auparavant.
Et voilà qu’elle se trouve dans un avion.
Dans les airs.
Ravie de découvrir mille et une choses en prenant de la hauteur.
À un moment, elle se voit petite, en train de jouer sur les nuages comme dans un immense amoncellement de laine blanche, au milieu d’un parfum qui rappelle celui du sol après une pluie d’été.
Parfois, les nuages forment des flocons, on dirait de la laine teinte, agités par les vents.
Le temps et l’espace prennent une autre dimension.
C’est déjà la France.
L’avion se prépare à une escale à l’aéroport de Toulouse-Blagnac, avant de repartir sur Paris. En amorçant l’atterrissage, il lui a permis de contempler de jolis dessins géométriques de champs aux cultures variées et aux multiples couleurs.
Au sol, l’avion était tout prés d’un carré de fleurs.
Elle s’est mise à les admirer par le hublot et sa pensée s’est envolée vers son village.
Cela n’a pas échappé à son époux qui s’est mis à lui fredonner un air de leur enfance.
Et les voilà ensemble, au milieu de l’herbe, des coquelicots et des marguerites qui couvrent le champ derrière des demeures en pisé.
Ils sont à peine visibles.
Ils font le plein des couleurs et des parfums.
Chantent.
Rient.
Passent à travers des nuées d’oiseaux.
Font voler des cigognes.
S’approchent des vaches.
S’allongent sous le ciel ouvert.
Fixent le soleil.
Écoutent le galop vertigineux du cheval noir luisant, dont le hennissement parcourt la terre, puis s’endorment.
Avec une délicieuse coulée de miséricorde.
En attendant que l’avion continue sur Paris, ils se sentent, comme c’est souvent le cas, pleins de sérénité.
Ils sont reconnaissants pour cet immense bienfait, et pour d’autres, qui leur sont généreusement offerts.
L’homme regarde sa femme.
Elle est toujours comme il n’a jamais cessé de la voir.
Éblouissante.
Ses yeux parlent à son cœur et à son esprit.
Sa peau couleur de miel se marie parfaitement avec sa douceur.
Son visage, sa façon d’accompagner sa parole de gestes lents, son sourire, l’éclat de ses dents, son corps lui donnent une grâce toute particulière.
Les sonorités de l’agitation dans l’avion lui parvenaient faiblement, puis de plus en plus lointaines jusqu’à disparaître complètement.
Et, comme par enchantement, certaines images du temps passé avec son épouse commencèrent à défiler.
Il se voit dans une course derrière elle, au début de leur mariage, à travers un champ fleuri.
Le rire de sa femme se confond avec le chant des oiseaux et diffuse une musique qui, avec les parfums de la nature procure des sensations exquises.
Une éclosion des sens.
Plus elle courait et plus elle riait.
Le soleil semblait ravi de ce moment et brillait de tout son éclat.
L’époux et l’épouse finirent par se rejoindre.
Et il s’est passé ce qui se passe de plus fabuleux entre un homme et sa femme.
Deux êtres se répandant l’un dans l’autre, se complétant l’un par l’autre dans une mélodie fantastique qu’est l’équilibre
Un équilibre dont témoignent aussi le ciel, le soleil, la lune, les étoiles, le vent, les montagnes, la mer, les cours d’eau, la terre, les saisons, les animaux, les plantes et d’innombrables autres créatures.
Leur histoire n’a pas commencé en France.
Elle remonte à l’aube de la Vie.
Ils ont toujours su que leur marche a un point de départ et un point d’arrivée.
Ils savent qu’ils doivent parcourir le chemin.
À leur rythme.
Ils marchent à travers le temps et l’espace pour un temps et un espace AUTRES.
Ce qui doit être sera.
La Source irrigue leurs racines.
Ils ont toujours su que l’Amour est Eternel.
Ils se souviennent de Demain.
En arrivant à l’aéroport, en région parisienne, ils ont été accueillis par une pluie bienfaisante. Une bénédiction.
La musique de l’eau.
L’eau d’où jaillit toute chose vivante.
Et de leur cœur a retenti le chant de la Louange :
« La pleine lune s’est levée au dessus de nous ».
Les années se sont écoulées.
Le fils est tombé dans la délinquance.
Il s’est trouvé en prison.
La mère a obtenu un permis de visite pour le voir.
Elle pense à son parcours et cherche à comprendre.
Que s’est-il passé ?
En posant cette question au mineur délinquant incarcéré, l’homme chargé de son suivi en détention n’a pas attendu de réponse.
Il a quitté le local utilisé pour l’entretien et le mineur délinquant incarcéré a été ramené à la cellule.
Accompagné par la question de l’homme chargé de son suivi en détention
Une question qui n’a pas cessé de le suivre.
Comme une ombre.
Quelques jours plus tard, des détenus ont raconté qu’à l’aube, ils ont vu le mineur délinquant et l’homme chargé de son suivi en détention, tourner, avec des corbeaux et des mouettes, comme dans une ronde sacrée, autour d’un peuplier aux feuilles d’émeraude, arrosé par une lumière coulant d’une cruche en rubis.[6]
  
BOUAZZA


[1] Selon le calendrier dit grégorien.
[2] Jeunes de moins de dix-huit ans.
[3] En turc.
[4] Ou une autre poterie de ce genre, ou une bouteille.
[5] Une conteuse que j’ai réussi à faire intervenir en prison durant plusieurs mois pour conter aux mineurs, utilisait souvent cette phrase en contant.

jeudi 6 juin 2013

DE LA TENDRESSE ET DE LA MISÉRICORDE



« Et parmi Ses signes[1] Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de la tendresse et de la miséricorde.[2] Il y a en cela des signes pour des gens qui réfléchissent.[3]


[1] Les signes d’Allaah, aayaate.
[2] Salaah Addiine Kachriid écrit :
″Allaah nous rappelle que la vie conjugale tire sa force des liens de tendresse et d’amour réciproques qui unissent les deux époux et qui sont parfois remplacés par des liens de miséricorde quand l’un d’eux est malade, ou trop vieux, ou frappé de quelque infirmité avilissante″.
Salah Eddine Kechrid, traduction du Qoraane (Coran), Loubnaane (Liban), Bayroute (Beyrouth), éditions Daar Algharb Alislaamii, cinquième édition, 1410 (1990), première édition, 1404 (1984), p. 533 (note de bas de page).

mercredi 5 juin 2013

MAISON À VENDRE

Sa mère est originaire du « pays froid où le soleil est chaud ».[1]
Son père, selon l’expression consacrée, est « français de souche ».
Elle est née peu de temps après le mariage de ses parents dont la séparation est vite arrivée.
Sa garde a été confiée au père[2] qui en a chargé ses parents.
Elle a ainsi été élevée[3] par ses grands-parents paternels.
Les années sont passées.
Des saisons ont succédé aux saisons.
Le temps s’est écoulé.
Les grands-parents ont vieilli.
La grand-mère, qui a la maladie d’alzheimer,[4] est maintenant placée, avec le grand-père, dans « un établissement médicalisé pour personnes âgées ».
Les frais sont élevés et imposent la mise en vente de la maison pour y faire face.
Elle est venue la voir avant qu’elle ne soit achetée.
Que dire de ce qui s’en va et comment parler de ce qui demeure ?
Que dire de ce qui cesse et comment parler de ce qui commence ?
Que dire de ce qui a été et comment parler de ce qui sera ?
Flots de pensées.
Averses d’images.
Afflux de sensations.
Larmes. [5]
 
BOUAZZA


[1] En parlant du Maroc où il était, de 1912 à 1925 selon le calendrier dit grégorien, le Résident Général du colonialisme français, le maréchal Louis Hubert Gonzalve Lyautey avait désigné ce pays, dans une des formules dont il avait le secret disent encore ses adorateurs, comme étant le pays froid où le soleil est chaud.
[2] ″La justice″ a tranché et a ″expliqué″ paraît-il, qu’elle ne voulait pas risquer que la mère ″kidnappe″ ses enfants pour retourner au ″bled″.
Le ″droit de visite″ accordé à la mère était donc soumis à des règles plus que restrictives.
[3] Avec son frère aîné.
[4] Elle a perdu la mémoire et ne la reconnaît plus.

mardi 4 juin 2013

DEPUIS AADAME SUR LUI LA BÉNÉDICTION ET LA PAIX



Assalaame[1] ‘alaykoum.
Paix sur vous.[2]
Ainsi se saluent les croyants et les croyantes,[3] depuis Aadame[4]sur lui la bénédiction et la paix.
Quelle est la réponse à ce salut ?
Wa ‘alaykoum assalaame.
Et sur vous la paix.
Il est possible d’ajouter :
Wa rahmato[5] Allaah.
Et la miséricorde d’Allaah.
Et aussi :
Wa barakaatoh.[6]
Et Ses bénédictions.[7]

 BOUAZZA


[1] La Paix.
Assalaame, est l’un des quatre vingt dix-neuf Plus Beaux Noms d’Allaah, Asmaa-e Allaah Alhosnaa.
[2] Le ″vous″ du pluriel est employé y compris lorsqu’il s’agit d’une seule personne.
[3] Almouminoune wa almouminaate.
[4] Adam, sur lui la bénédiction et la paix.
[5] Le ″r″ roulé
[6] Le ″r″ roulé.
Je ne fais que reprendre ce dont j’ai déjà parlé.

lundi 3 juin 2013

SERVIR À MANGER À DES PIGEONS

Lorsque j’observe des pigeons, je pense souvent à un texte daté de 1992 que j’ai écrit à la troisième personne.
Je le reprends en l’écrivant à la première personne :
« Je me vois très âgé, avec des os qui fléchissent en moi et une tête allumée de blancheur, marchant à petits pas vers un petit jardin, un petit sac en plastique à la main avec des petits morceaux de pain, pour servir à manger à des pigeons.
Les pigeons m’entourent et au bout d’un moment, partent dans un envol majestueux et reviennent tournoyer au dessus de ma tête.
Je les fixe et mon rictus devient un sourire, puis un rire qui se confond avec le claquement des ailes et me rappelle les vagues de la mer ».[1]
 
BOUAZZA

dimanche 2 juin 2013

LMKHZN


« Le makhzen ».
Lmkhzn, almakhzane.
Terme arabe qui renvoi à magasin, et qui s’appliquait à l’origine à l’entrepôt de stockage des vivres accumulés par « le sultan ».[1]
Plus largement, le terme était utilisé pour désigner « le pouvoir » dans « le sultanat » du Mghrib,[2] « l’autorité » du sultan et de ses employés.
Avec le colonialisme, la France a pris en charge « le sultanat » et sa protection contre les populations qui n’ont jamais cessé la résistance.
Le colonialisme a introduit dans ce « protectorat » le terme « État » pour remplacer celui de « Mkhzn » et a mis en place les mécanismes qui ont transformé « le sultan » en « roi » et « le sultanat » en « monarchie héréditaire dite de droit divin ».
Et dans le cadre de ce qui a été appelé « l’indépendance dans l’interdépendance »,[3] la tyrannie sanguinaire consolidée au Maroc, est aujourd’hui mille et une fois plus armée que par le passé, pour continuer à imposer la servilité.
Ce régime est toujours appelé « lmkhzn » par les marocains.
Il est parmi les bons serviteurs du système colonialo-impérialo-sioniste.
Il n’y a pas si longtemps, dans les années cinquante,[4] des personnes au Maroc se précipitaient pour ramasser le crottin du cheval du « sultan » considéré comme procurant la « bénédiction » ![5]
C’était juste après le retour du « sultan » de Madagascar où le colonialisme l’avait installé avec sa famille, avant d’en faire le « héros »[6] de « l’indépendance dans l’interdépendance ».
Pendant qu’il était à « madame Cascar »,[7] ses agents au « parti » dit de « l’istiqlaal »[8] demandaient aux populations de regarder la lune pour voir le portrait du « sultan » et soutenaient obstinément, que les populations voyaient le portrait du « sultan » en regardant la lune.
Et dans certains endroits, ces agents faisaient jurer « fidélité » aux nouveaux « adhérents » sur un annuaire téléphonique en leur faisant croire qu’ils juraient sur Le Coran.[9]
Les agents du « sultan » au sein de ce « parti » n’ont jamais cessé de mépriser les populations, et bénéficient toujours des « privilèges » de « l’indépendance dans l’interdépendance », en continuant les prosternations devant les « héritiers » du « héros ».
Les « personnalités » des autres « partis » ont appris comment se prosterner pour avoir une part du « gâteau », c’est à dire des biens des populations et du pays pillés avec l’appui du système colonialo-impérialo-sioniste servi en premier bien sûr.
L’imposture dégouline de partout.[10]

 BOUAZZA


[1] Du mot arabe ″soltaane″, titre que s’attribuait au Maroc un personnage soutenu par un groupe ou plusieurs, un clan ou plus, appuyé par des moyens armés, religieux, économiques, culturels et autres, pour dominer une population, contrôler un territoire et exercer la tyrannie en imposant ce qui a été appelé en français un ″sultanat″.
Avant le colonialisme, cette tyrannie avait du mal à s’imposer face aux luttes des populations et le ″pouvoir″ du ″sultan″ était limité à ce que le colonialisme a appelé ″Bled Lmkhzn″ (le pays du Makhzen) ou ″Maroc utile″, face à ce qu’il a appelé ″Bled Siba″ (pays de l’anarchie ou Maroc inutile) pour désigner les régions qui contestaient le ″pouvoir″ du sultan.
La soldatesque colonialiste a fait en sorte  que  ″le sultanat″ regroupe le ″Maroc utile″ et le ″Maroc inutile″.
″Le sultan″ est devenu ″roi″ et ″le sultanat″ a été transformé en ″monarchie héréditaire" dite "de droit divin″.
Une tyrannie qui se réfère toujours à l’Islaam pour tenter de donner une sorte de ″légitimité″ à l’imposture que l’Islaam rejette, dénonce, condamne et combat.
Les croyants et les croyantes (almouminoune wa almouminaate) savent que des régimes de ce genre, n’ont rien à voir avec l’Islaam, que les individus placés à leur ″tête″ sont des imposteurs et que depuis des lustres, aucun État Musulman n’existe plus, nulle part.
[2] Le ″r″ roulé, Maroc.
[3] Statut octroyé par le système colonialo-impérialo-sioniste, et qui s’est traduit dans les colonies par la multiplication des "États" supplétifs, subordonnés avec plus ou moins de zèle, de soumission et de servilité dans l’exécution des ordres des métropoles et autres employeurs.
Ces "États", dont celui du Maroc, sont fondés sur l’imposture, le crime, la trahison, la tromperie, la corruption, l’injustice, la perversion, la débauche, le mensonge, le pillage, l’oppression, l’exploitation, le viol, la tyrannie, la torture, l’enfermement, la négation de l’être humain.
[4] Période de l’octroi au Maroc par le colonialisme français "de l’indépendance dans l’interdépendance".
[5] Lbaraka (le "r" roulé) ; la baraka.
[6] Une société désagrégée est souvent un terrain fertile pour la culture des ″héros″.
Une société saine n’a pas besoin de ″héros″.
[7] Madagascar.
[8] De l’indépendance.
[9] Alqoraane (le "r" roulé).
Je ne fais que reprendre ce dont j’ai déjà parlé.

samedi 1 juin 2013

AVEC AMOUR

Mon intérêt pour la cuisine remonte à l’adolescence.
C’est avec une de mes soeurs[1] que j’ai été initié à l’art culinaire.
Au départ, juste en la regardant cuisiner.
Aujourd’hui encore, en pensant à cette période, il m’arrive de nous voir ensemble dans la cuisine et je décide alors de préparer certains plats.
Je crois qu’elle m’a transmis le goût de rechercher l’esthétique dans la gastronomie et ses mets les plus simples.
C’est également avec elle que j’ai mieux compris, je pense, que la gastronomie peut renforcer le sens du partage.
Est-ce pour cela que j’ai longtemps rêvé d’ouvrir un petit restaurant ?
Allaah dans Sa miséricorde nous nourrit et nous éclaire sur la manière de nous alimenter.
Il nous enseigne aussi que la meilleure nourriture est la piété.[2]
Dans mon parcours dit « professionnel », j’ai eu à intervenir auprès de jeunes délinquants.
Il m’arrivait de donner des recettes de cuisine.
En pensant à tout cela ?
Je reprends, encore une fois, la recette, destinée à un mineur délinquant incarcéré, pour la préparation du « poulet aux aubergines »[3] :
Tu prends des aubergines (pas celles qui mettent des prunes aux caisses en stationnement interdit), tu les laves, tu coupes la queue (pas celle à laquelle tu penses), tu les partages en deux avec minutie (ou avec quelqu’un d’autre) et tu les mets dans l’eau salée.
Après, tu les épluches dans le sens de la longueur, en gardant à intervalles égaux, des parties de deux centimètres avec leur peau (c’est peut-être chiant, mais n’oublie pas que ta mère l’a fait mille et une fois avec amour).
Tu coupes en rondelles de deux centimètres d’épaisseur.
Tu étales sur un plat (oui, comme tu étales un pote qui t’emmerde)..
Tu saupoudres de sel fin au fur et à mesure afin qu’elles ne noircissent pas (même si tu es basané et que tu n’a rien contre les noirs).
Tu fais frire à l’huile bouillante d’arachide (de Rachiid[4] si tu préfères) ou d’olive (comme le prénom de ta copine de l’école primaire Jules Ferry[5], je me rappelle).
Tu fais frire des deux côtés.
Tu laisses égoutter.
Le poulet, (pas celui qui t’a arrêté pour agression contre les forces de l’ordre), tu le coupes, tu le mets dans une cocotte (non, pas celle que tu as vu dans un film) avec tout ce qu’il faut : safran, gingembre, poivre, sel, coriandre, huile et deux verres d’eau.
Cuisson a feu doux.
Le temps nécessaire.
Il faut laisser le temps au thon[6] disaient certains zé certaines, en oubliant qu’il en faut pour le poulet aussi.
En cours de cuisson, tu ajoutes un peu d’eau s’il en manque.
Lorsque c’est cuit, tu mets dans un plat avec la sauce autour.
Les aubergines sont au dessus du poulet (parfois c’est l’inverse, mais pour cette fois, c’est ainsi).
Tu sers chaud.
Au moment de manger, n’oublie pas de partager ce délice, d’être reconnaissant pour les bienfaits infinis que t’offre Allaah et de penser à ta mère qui sait mettre les saveurs de l’amour dans chaque plat et sans laquelle les « recettes de cuisine » ne valent rien.[7]
 
BOUAZZA


[1] Décédée en 1970 selon le calendrier dit grégorien, qu’Allaah la couvre de Sa miséricorde.
Elle était âgée de 28 ans.
[2] Attaqwaa.
[3] Latifa Bennani-Smires, la cuisine Marocaine, Casablanca (Maroc), Almadariss, 1983, P. 103.
[4] Rachid (le ″r″ roulé), prénom qui signifie ″sensé″, ″raisonnable″ en arabe.
[5] Jules Ferry, ″le promoteur de l’école gratuite, laïque et obligatoire″ en France, n’a jamais cessé d’être l’un des pires soutiens du colonialisme.
Il soutenait, par exemple, que ″les races supérieures ont un droit sur les races inférieures […] qu’elles doivent civiliser […] et que les nations européennes s’acquittent avec largeur, grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation″ (débats du 28 et 30 juillets 1885).
Et dès les premiers moments de son installation sur le trône du Palais de l’Élysée en mai 2012, le révolutionnaire de gauche, François Hollande qui a remplacé son alter ego, le révolutionnaire de droite Nicolas Sarkozy, s’est empressé de rendre ″un hommage Ré-pub-licain″ au colonialiste Jules Ferry.
[6] Pour ne pas admettre que rien n’a changé avec la gauche au pouvoir et que la gauche et la droite c’est bonnet blanc et blanc bonnet, François Mythe errant (Mitterrand), président de gauche de la République française de 1981 à 1995 aimait répéter avec ses commentateurs et tateuses du parti socialiste qu’ ″il faut laisser le temps au temps″.
Ils prenaient des airs de je ne sais quoi pour parler du thon des sœurs Ise (le ″temps des cerises″, une chanson de 1866 qu’ils cherchaient à faire passer pour une chanson de ″gauche″ de 1871, année du soulèvement populaire dit ″Commune de Paris″).
La gauche ─ comme toutes les autres composantes de l’échiquier politique ─ n’est pas à une tromperie près !
Aujourd’hui, avec le révolutionnaire François Hollande, installé sur le trône du Palais de l’Élysée en mai 2012 pour remplacer son alter ego, le révolutionnaire de droite Nicolas Sarkozy, le bon vieux thon (le bon vieux temps) est de retour !