mercredi 24 avril 2013

BONNE ET MAUVAISE PAROLE



« N’as-tu pas vu comment Allaah propose en parabole une bonne parole[1] pareille à un bon arbre dont la racine est ferme et la ramure s’élançant dans le ciel ? Il donne ses fruits à tout moment avec la permission de Son Seigneur. Allaah propose des paraboles aux gens,[2] peut-être se rappelleront-ils. Et l’exemple d’une mauvaise parole est comme un mauvais arbre déraciné de terre et n’ayant pas d’attache.[3] Allaah affermit les croyants par une parole ferme[4] dans la vie ici-bas et dans l’au-delà.[5] Allaah égare les injustes.[6] Et Allaah fait ce qu’Il veut ».[7]


[1] Hamid Allaah (Hamidullah), dans sa traduction du Qoraane, écrit en note de bas de page q’une bonne parole se rapporte à la proclamation de l’unicité d’Allaah (attawhiid).
[2] Linnaaçe.
[3] Qaraare (les r roulés).
[4] Alqawl attaabite.
[5] Selon Hamid Allaah, dans l’au-delà se rapporte à l’interrogatoire des morts dans leur tombe.
[6] Addaalimiine.
Kachriid (le r roulé) traduit également par les associateurs, almochrikiine (le r roulé).
Salaah Addiine Kachriid (Salah Eddine Kechrid), traduction du Qoraane (Coran), Loubnaane (Liban), Bayroute (Beyrouth), éditions Daar Algharb Alislaamii, cinquième édition, 1410 (1990), première édition, 1404 (1984).
[7] N’en déplaise à ceux et à celles qui veulent donner des leçons, y compris à Allaah, Le Créateur, Le Seigneur des univers, Le Tout Puissant, (se reporter aux plus beaux noms d’Allaah, asmaa-e Allaah alhosnaa).
Alqoraane (Le Coran), sourate 14 (chapitre 14), Ibraahiime (le ″r″ roulé), abraham, aayate 24 à aayate 27 (verset 24 à verset 27).
Voir :

lundi 22 avril 2013

INJONCTION



Je suis tombé[1] en France sur le livre de lecture en arabe du cours élémentaire première année, qui remonte au Maroc a plus d’un demi siècle.
C’est un livre d’une collection qui concernait pratiquement toutes les classes du cycle de l’enseignement primaire.
Devant, la couverture est de couleur verte et rose avec une photo, en couleur, de deux élèves, bien habillés, bien coiffés, assis à leur pupitre, cahiers ouverts, la main gauche de chacun sagement posée sur le cahier et la main droite levée, avec l’index indiquant à l’instituteur, ou à l’institutrice, que les élèves demandent la parole.
En bas de cette couverture, en petit et en noir, un globe terrestre avec un homme et des livres.
Puis un écrit précisant l’impression et la distribution : « Daar alfikr almaghribiyy[2] ».[3]
En haut de la couverture, il est indiqué que le ministère de l’éducation nationale a décidé d’utiliser ce livre.
Vient ensuite le nom du signataire du livre : Ahmad Boukmaakh.
Et l’injonction, titre de la collection : « Iqrae ».[4]
Lis.
« Lis au nom de ton Seigneur ».
C’est le premier verset[5] révélé du Qoraane.[6]
L’injonction faite à Mohammad, l’ultime Prophète et Messager sur lui la bénédiction et la paix, par Alqoraane :
« Lis au nom de ton Seigneur. Qui a créé « alineçaane »[7] d’une adhérence. Lis et ton Seigneur Le Plus Généreux.[8] Qui a enseigné avec « alqalame »[9] A enseigné à l’être humain ce qu’il ne savait pas ».[10]
Dans sa traduction du Qoraane, Kachriid[11]écrit qu’il est notoire de constater que la première exhortation du Qoraane recommande de lire car la lecture est le symbole de l’étude et de la recherche scientifique.
On lit aussi bien dans Alqoraane que dans le grand livre de la nature que nous traduisons dans nos sciences dites exactes.[12]
Derrière, la couverture toujours de couleur verte et rose, est composée des photos des couvertures des autres livres de la collection, d’une photo de jeunes filles dans une cour d’école[13] et en haut de la couverture, un écrit indiquant que la collection « Iqrae » permet à nos enfants de progresser et de s’accomplir
En bas, toujours le globe terrestre avec un homme, des livres et l’indication « daar alfikr almaghribiyy ».
Puis cette précision : « Daar alfikr almaghribbiyy » appartenant à ‘Abd Assalaam Jassous,[14] boulevard de la liberté, Tanger (Taneja).[15]
Imprimerie « daar Amal »[16], Tanger.
En feuilletant le livre, j’ai été frappé[17] par l’abondance des couleurs et des illustrations à la main.
Des illustrations dont beaucoup ne correspondaient pas à la situation du Maroc  qui venait de se voir octroyer  « l’indépendance dans l’interdépendance ».[18]
Des illustrations avec des emprunts et des reproductions, comme pour les textes.[19]
Le livre s’achève sur l’histoire de « la chèvre de monsieur Seguin ».[20]
 
BOUAZZA



Broderie de l’alphabet arabe, réalisée par mon épouse franco-italienne, qui a appris cet alphabet peu de temps après notre mariage.

[1] Sans me faire mal.
[2] Les r roulés.
[3] Maison de la pensée marocaine (la date n’est pas indiquée)
Moi j’étais au cours élémentaire première année durant l’année scolaire 1960-1961, selon le calendrier dit grégorien.
[4] Lis.
[5] Aaya.
[6] Le r roulé.
[7] L’être humain.
[8] Alakrame (le r roulé).
Des traducteurs traduisent généralement par Le Généreux.
[9] La plume.
[10] Alqoraane (Le Coran), sourate 96 (chapitre 96), Al’alaq, L’Adhérence, aayate 1 à aayate 5 (verset 1 à verset 5).
[11] Le r roulé.
[12] Salaah Addiine Kachriid (Salah Eddine Kechrid), traduction du Qoraane (Coran), Loubnaane (Liban), Bayroute (Beyrouth), éditions Daar Algharb Alislaamii, cinquième édition, 1410 (1990), première édition, 1404 (1984).
Note en bas de la page 814.
[13] Certaines avec un livre à la main.
[14] Gassous.
[15] Ville du Nord du Maroc.
[16] Maison Espoir.
[17] Mais je n’ai pas eu mal.
[18] Statut octroyé par le système colonialo-impérialo-sioniste, et qui s’est traduit dans les colonies par la multiplication des "États" supplétifs, subordonnés avec plus ou moins de zèle, de soumission et de servilité dans l’exécution des ordres des métropoles et autres employeurs.
Ces "États", dont ceux dits musulmans, sont fondés sur l’imposture, le crime, la trahison, la tromperie, la corruption, l’injustice, la perversion, la débauche, le mensonge, le pillage, l’oppression, l’exploitation, le viol, la tyrannie, la torture, l’enfermement, la négation de l’être humain.
Au Maroc, colonie française dite protectorat, le système colonialo-impérialo-sioniste a transformé le sultanat en monarchie héréditaire, dite de "droit divin".
Le sultan, protégé est alors devenu roi au service de ce système.
[19] Emprunts et reproductions qui ne sont jamais signalés.
[20] Texte qui fait partie des Lettres de mon moulin signé par Alphonse Daudet, qui raconte l’histoire d’une chèvre qui voulait être libre, qui refusait de se soumettre aux règles imposées par monsieur Seguin et qui l’a payé de sa vie, puisqu’elle a été dévorée par le loup.
Les références concernant la reproduction de ce texte ne sont pas données.
Voir :

vendredi 19 avril 2013

LES BATTEMENTS DU CŒUR DE LA MÈRE

Au milieu de l’herbe, des coquelicots et des marguerites qui couvrent le champ les enfants sont à peine visibles.
Des rires sentent l’aube de la vie.
Ils sont presque tous là : Mjidou[1] et Malika sa soeur, Habib[2] et son frère, Mohammad, ‘Abd Allaah,[3] et Mkki, oulad khalti Hdda,[4] et d’autres encore.
Autour du champ, de splendides eucalyptus couvrent de leur ombrage un chemin qu’empruntent des chevaux.
Les enfants aiment se retrouver là, faire le plein de couleurs et de parfums, courir, passer au milieu des oiseaux, faire voler des cigognes, s’approcher des vaches, s’allonger et contempler le ciel.
Un rythme les accompagne.
Celui des battements du coeur de la mère.
Rythme que les enfants bénis gardent en eux.
Quelques années auparavant, un enfant était comme eux.
Des saisons ont succédé aux saisons et il s’est trouvé ailleurs.
Il voulait « être connu ».
Il l’est devenu en écrivant.
Et il n’a pas cessé de chercher son enfance.
Le rythme des battements du cœur de la mère.
À la fin de son existence ici-bas, il a été « rapatrié » pour être enterré, pas loin d’un champ où des rires sentent l’aube de la vie.
Larmes.
Ces « larmes sont-elles des perles de la pensée, comme la rosée après une nuit noire : l’ultime de ce qu’un homme a pu ressentir et penser et que sa plume n’a pas pu traduire en mots ? »[5]
 
BOUAZZA


[1]  ‘Abd Almajiid, le serviteur du Glorieux.
[2] Habiib.
[3] Le serviteur d’Allaah.
[4] Wlaad khaaltii Hddaa.
[5] Driss Chraïbi (Driis chraaïbii), l’Homme du Livre, Balland-Eddif (Eddif, Maroc, 1994, Balland, France, 1995), p. 85.
Je ne fais que reprendre ce dont j’ai déjà parlé.
Voir :

LA VOIE DE LA RAISON



« Pas de contrainte en religion ![1] La voie de la raison s’est différenciée de l’égarement.[2] Quiconque renie la tyrannie des fausses divinités[3] et croit à Allaah saisit l’anse la plus solide, qui ne se brise pas.[4] Et Allaah est Audiant et Omniscient ».[5]


[1] Laa ikraah fii addiine.
L’Islaam depuis Aadame (Adam) sur lui la bénédiction et la paix, consiste à faire de son mieux pour Adorer Allaah, comme Allaah le demande.
[2] Qad tabayyana arrochd mina alghayy.
[3] Dans sa traduction du Qoraane, Kachriid (le r roulé) note en de bas de page au sujet de taaghoute″, qu’il traduit par tyrannie des fausses divinités″, que le mot est ainsi employé au singulier comme au pluriel. Il vient du verbe taghaa c'est-à-dire outrepasser les limites, déborder. Il désigne tous ceux qui s’attribuent ou à qui on attribue une force ou une prérogative n’appartenant qu’à Allaah. Ce sont, selon les cas, les idoles, le diable (achchaytaane, satan), les puissants de ce monde, son propre orgueil, etc…
Seul Allaah est capable de bien faire ou de nuire et nulle obéissance n’est due à personne si elle implique la désobéissance à Allaah.
Salaah Addine Kachriid (Salah Eddine Kechrid), traduction du Qoraane (Coran), Loubnane (Liban), Bayroute (Beyrouth), éditions Daar Algharb Alislaami, cinquième édition, 1410 (1990), première édition, 1404 (1984), p. 53
[4] Famane yakfour bittaaghoute wa youmine billaah faqad istamçaka bil’ourwa al woutqaa laa infiçaam lahaa.

mercredi 17 avril 2013

UN HOMME DE GAUCHE



Lorsque le véhicule est arrivé à la « téci »,[1] la fête battait son plein comme disent les « loisgau ».[2]
Tout va bien se passer, ine chaa-e Allaah.[3]
Chez les parents du marié, un de leurs amis anime, à sa manière, un échange avec François, un homme de gauche qui parle des immigrés.
Après un rappel de prises de positions, de résolutions des congrès du parti et de contre résolutions, François pensait avoir fait de l’effet :
- Tu comprends maintenant que nous avons raison.
Alors, je vais parler avec franchise.
- Ji croyi qui ji boufi barli oussi, mi si ti fou barli afic Franchise, ji ti lisse.
- Non, tu n’as pas compris ce que je veux dire.
Franchise ce n’est pas le nom d’une personne, c’est une expression.
Cela signifie parler clairement.
- Mi ji sui bite.
- Non, tu n’es pas bête, c’est une incompréhension, c’est tout.
Les subtilités de la langue, ce n’est pas évident.
Bon, je vais éviter ce qui est complexe.
Je ne vais pas reprendre les trois points que j’ai développés, mais il faut retenir les trois.
La problématique migratoire en fait est simple, il suffit d’une approche objective, tu vois ?
Au fait tu permets que je te tutoie ?
- Toi toui moi ?
-Non, moi je ne suis pas toi et toi tu n’es pas moi, ça c’est sûr, c’est certain.
Moi c’est moi et toi c’est toi.
-Toi fouloir toui moi
- Non, pas du tout, moi pas vouloir tuer toi, je veux dire que je ne veux pas te tuer.
Tutoyer au lieu de vouvoyer, c’est plus sympathique.
- Saint Batique, ji foi.
- Tu vois, alors c’est bien.
Toi par exemple, est-ce que tu es assimilé ?
- Non, ji ni sui ba assis-mili.
- Est-ce que tu es intégré ?
- Non, ji ni sui ba in tigri.
- Est-ce que tu es inséré ?
- Non, ji ni sui ba in ciri.
- Est-ce que tu es syndiqué ?
- Non, ji ni sui ba saint Diki.
- Tu es donc pour l’islam.
-Ji sui bour lisse lame, ça coube.
- Pour couper, ça coupe, et la ¨cité ?
- Lalla citi,[4] ji couni.
- La gauche veut la fleurir.
-Ci coua la gouche ?
- Le contraire de la droite.
Nous la gauche, nous défendons réellement la laïcité qui renforce l’insertion et l’intégration pour déboucher sur l’assimilation.
- À coua ?
- À la République.
- La ri-biblique ?
La droite dit la même chose, mais ce n’est pas pareil.
Nous l’expliquons clairement dans notre brochure qui est en vente partout.
J’en ai plein dans le coffre de ma voiture.
Si tu veux, nous pouvons saisir l’occasion de cette fête pour la vendre ensemble.
L’assistance autour a dépassé le stade de l’hilarité.
En face du balcon, un chat dort.[5]
Tout le monde connaît l’humour de l’ami des parents du marié, docteur d’université en droit, et personne ne comprend comment François peut continuer à faire le sérieux.
- Alors on va la chercher cette brochure.
-Ine outre foi moun zami.
- Une autre fois, une autre fois, toujours une autre fois…inchala[6]
Mais pourquoi ils rient tous comme ça ?
Ce n’est pas drôle, ils ne comprennent rien ou quoi ?
Savez-vous que moi, c’est pour vous que je fais tout ça ?
Oui pour vous, que vous le vouliez ou non.
Et j’aimerais savoir ce que vous pensez, s’il vous arrive de penser bien sûr.
Une personne est alors intervenue pour éloigner François :
- Nous pensons que la mariée et son époux sont à voir.
Elle s’appelle Clémence et lui Bilaal.
Ils restituent une immémoriale harmonie, qui n’est ni d’Orient, ni d’Occident.
Chaque fois que je suis dans un cadre pareil, je sens une éclosion des sens, la mère du printemps, une naissance à l’aube et un ruissellement de paix.
François avait l’air d’écouter, mais n’entendait pas.
Il ne pensait qu’à son allure d’homme de gauche, agissant sur les événements.
Il est important et les masses vont voir qu’il fait partie des Grands.
Et à l’école, les enfants apprendront son Histoire.
Avec hache majuscule.[7]
 
BOUAZZA


[1] Cité.
Vocable désignant un ensemble de bâtiments délabrés, pour personnes reléguées en marge de la ville.
[2] Les gaulois.
C’est ainsi que les jeunes de la cité, des français issu du processus migratoire, désignent les français dits de souche.
[3] Si Allaah veut.
[4] Dame-cité.
[5] Non, pas un ″tchador″ : Un chat dort.
Un tchador c’est un terme iranien, très employé par la gauche et la droite, pour renvoyer au foulard porté par des croyantes pour se couvrir les cheveux.
Il est considéré par la gauche et la droite, ennemis des croyantes et des croyants, comme une atteinte intolérable aux droits des femmes.
Ces ennemis usent aussi du terme voile avec des connotations de mépris, des attaques, des insultes, des dénigrements, des injures, des accusations, des mensonges, des calomnies, des falsifications, des maltraitances, des humiliations, des marginalisations, des menaces, et de multiples autres agressions.
Des textes ont été mis en place pour interdire le tchador, le voile, le foulard dans des lieux dits publics de la ré-pub-lique.
[6] Intégré comme mot (et non comme expression) dans le parler français et utilisé, dans un sens qui n’a rien à voir avec la signification originelle, par les colonialistes au départ puis par d’autres par la suite, pour traduire que les indigènes de pays colonisés y avaient recours, lorsqu’ils ne voulaient pas faire quelque chose.
Une manière polie de dire non, une façon qui veut dire en fait : tu peux toujours attendre.
Dans certaines régions comme le Maroc, ces indigènes ont été appelés les béni oui oui (les enfants de oui oui) par les colonialistes, car ils répondaient toujours oui oui et n’osaient jamais répondre non.
[7] Je reprends ce dont j’ai déjà parlé plus d’une fois et en premier lieu dans un texte de plusieurs dizaines de pages, daté de 1992 et intitulé "Ainsi parle un musulman de France né au Maroc".
Voir :

lundi 15 avril 2013

LES TRAINS QUI PASSENT



C’était à Mknaas,[1] au début des années soixante.[2]
Lorsque mon père a été muté dans cette ville, il avait décidé de me laisser à Lkhmiçaate,[3] à l'internat de l’établissement Mouçaa Ibn Noçayr.[4]
J’avais une dizaine d’années.
Lkhmiçaate est entre Rbaate[5] et Mknaas et n'est éloignée de cette dernière ville que par une cinquantaine de kilomètres.
Je rentrais à la maison pour la fin de la semaine, lorsque je ne restais pas avec une sœur[6] mariée et installée à Lkhmiçaate.
De la voiture,[7] je regardais les champs sans me lasser.
Je connaissais bien cette route avec les virages dits d’Ouad-Bhte.[8]
Elle était bordée d'interminables fermes de colons, avec parfois des oliviers et des vignes[9] à perte de vue et une éolienne qui tournait au gré du vent.[10]
Après les jardins dits de « la vallée heureuse », la voiture ne tardait pas à pénétrer dans la ville : bab lkhmiis, bab Maneçour,[11] rouamzine,[12] l’animation citadine, une longue pente, puis le grand bâtiment du commissariat central et le marché central signalant l'entrée à hmria[13] en ville nouvelle.
Les villas de hmria[14] commençaient à être occupées par plus de marocains[15] qu'avant ce qui a été appelé « l’indépendance dans l’interdépendance ».[16]
Les gens de l’ancienne ville appelaient ces marocains « nçaaraa[17] jdaad ».[18]
Après le rond point en face du cinéma « caméra », la voiture passait devant le bar « le roi de la bière », tournait à gauche, dépassait le pont de la gare ferroviaire et arrivait, quelques minutes plus tard, à la rue Bugeaud[19] où se trouvait la maison que nous occupions.
La voie ferrée n’était pas loin de la maison.
Je n’avais jamais vu de train auparavant.
Les enfants du quartier[20] comptaient les wagons des trains qui passaient et chacun s’amusait à soutenir que lorsque personne n’y était, il avait vu un train long de plusieurs centaines de wagons.
Des enfants de familles de France[21] occupant des maisons dans la même rue, intervenaient alors pour dire que des trains de cette longueur n’existaient même pas France, pays où les trains aussi sont les plus longs et les plus beaux du monde.
Les enfants du quartier n’insistaient pas, sauf l’un d’eux qui maintenait que lui avait vu passer un train avec plusieurs centaines de wagons.
Un jour, Lmslm, un gardien, l’a soutenu :
- Oui, ce train peut exister.
D’ailleurs, chacun peut le voir passer dans sa tête.
Un train interminable.
Avec une couleur différente pour chaque wagon.
Il ne transporte pas des marchandises.
Savez-vous ce qu’il transporte ?
Des enfants.
Plein d’enfants de toutes les couleurs.
Et où va-t-il ?
À la mer.
Une mer de toutes les couleurs aussi.
Comme un champ de fleurs.
Et depuis ce jour, les enfants ont commencé à décrire, avec des détails infinis, les trains qui passent dans leur tête et les destinations vers lesquelles ils se dirigent.[22]
 
BOUAZZA


[1] Meknès au Maroc.
[2] Selon le calendrier dit grégorien.
[3] Khémisset.
[4] École primaire dite "franco-musulmane" à laquelle a été ajoutée une partie collège, avant que le tout ne soit lycée.
À la fin du collège, je suis allé à Faas (Fès) pour le lycée qui n’existait pas encore à Lkhmiçaate.
Pendant les quelques années passées par mon épouse au Mghrib (Maroc), elle était enseignante (en contrat local et non pas dans le cadre privilégié dit de la "coopération") dans cet établissement devenu lycée, et des personnes qui y travaillaient se rappelaient de moi lorsque j’étais élève du collège, et lui en parlaient.
[5] Le "r" roulé, Rabat.
[6] Décédée en 1970, peu de temps après mon départ pour des études universitaires en France.
Elle avait vingt-huit ans.
[7] J’aimais beaucoup lorsque c’était mon beau-frère qui m’emmenait dans son grand taxi.
[8] Oued-Beht.
[9] La production viticole continue, et ses consommateurs qui se disent "musulmans" y sont très attachés, comme ils sont attachés aux vins et alcools importés qui contribuent à faire de ce pays dit "musulman", un pays où règne l’alcoolisme et tout ce qui l’accompagne.
[10] J’ai toujours aimé les éoliennes.
[11] Le "r" roulé.
[12] Le "r" roulé.
[13] Le "r" roulé.
[14] Le "r" roulé.
[15] Mon père en fut parmi les premiers.
[16] Statut octroyé par le système colonialo-impérialo-sioniste, et qui s’est traduit dans les colonies par la multiplication des "États" supplétifs, subordonnés avec plus ou moins de zèle, de soumission et de servilité dans l’exécution des ordres des métropoles et autres employeurs.
Ces "États", dont ceux dits musulmans, sont fondés sur l’imposture, le crime, la trahison, la tromperie, la corruption, l’injustice, la perversion, la débauche, le mensonge, le pillage, l’oppression, l’exploitation, le viol, la tyrannie, la torture, l’enfermement, la négation de l’être humain.
Au Maroc, le système colonialo-impérialo-sioniste a transformé le sultanat en monarchie héréditaire, dite de "droit divin".
Le sultan est alors devenu roi.
[17] Le "r" roulé.
Pluriel de "nçraani", nazaréen, chrétien, non-musulman, français.
[18] Les nouveaux.
Les nouveaux nazaréens parce qu’auparavant, ces demeures étaient réservées aux colonialistes français.
[19] Du nom du militaire, marquis, duc et maréchal (1784-1849) qui s’est distingué dans les massacres sous le criminel Napoléon Bonaparte.
Il a participé aux horreurs de l’occupation de l’Algérie où il a été "gouverneur général".
Il disait que le but du colonialisme "est d’empêcher les Arabes de semer, de récolter, de pâturer […] ou de les exterminer jusqu’au dernier".
L’armée colonialiste française chantait "la casquette du père Bugeaud" que certains continuent encore de chanter en refusant d’admettre qu’il était un criminel contre l’humanité, comme d’innombrables autres avant lui, et d’innombrables autres après qui reçoivent des hommages et des prix Nobel de "la paix".
"L’indépendance dans l’interdépendance" a gardé son nom, ceux d’autres criminels, en a donné, donne et donnera encore aux rues des noms de criminels.
[20] Oulad ddrb, addarb (les r roulé).
[21] Que les parents autorisaient de temps à autre à nous approcher.
[22] Je reprends ce dont j’ai déjà parlé plus d’une fois et en premier lieu dans un texte de plusieurs dizaines de pages, daté de 1992 et intitulé "Ainsi parle un musulman de France né au Maroc".
Voir :